La mise en œuvre prochaine du système d’entrée/sortie de l’Union européenne (EES), prévue à l’automne 2024 après les Jeux olympiques de Paris, suscite de vives inquiétudes au sein de l’industrie du voyage, notamment parmi les compagnies aériennes. Ce système, initialement proposé en 2008 et retardé en raison de sa complexité, vise à renforcer la sécurité des frontières et à gérer le séjour des ressortissants de pays tiers dans l'espace Schengen. L'EES remplacera le tamponnage manuel des passeports par un processus automatisé qui obligera les voyageurs à scanner leur passeport dans des bornes libre-service, en enregistrant leur nom, les détails de leurs documents de voyage et leurs données biométriques telles que leurs empreintes digitales et leurs images faciales.
Les compagnies aériennes, dont Ryanair Holdings plc et ses filiales Ryanair, Buzz, Lauda et Malta Air, ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'impact de l'EES sur leurs opérations. Le problème majeur tourne autour du mandat de l’EES pour les agences de voyages d’obtenir l’approbation des données des passagers 48 heures avant le départ, une exigence jugée trop restrictive par l’industrie. Ce délai « strict » de 48 heures devrait entraver les ventes de billets de dernière minute, un aspect crucial des revenus des compagnies aériennes.
La soumission de Ryanair au comité de contrôle européen de la Chambre des communes du Royaume-Uni, qui a lancé une enquête sur l’impact de l’EES, met en évidence la mauvaise gestion perçue du projet par l’EU-LISA, l’agence responsable du système informatique. L’industrie du transport aérien est particulièrement frustrée par l’absence d’environnements de test pour l’EES, laissant les entreprises mal préparées à la mise en œuvre du système. En outre, Ryanair souligne le manque de clarté dans la gestion des pannes potentielles du système et la duplication importante des efforts causée par le nombre élevé de personnes exemptées de l'EES. Les citoyens de l'UE, les citoyens non européens ayant besoin d'un visa pour entrer dans l'UE et les citoyens non européens résidant dans les pays de l'UE ne sont pas soumis à l'EES, ce qui oblige les compagnies aériennes à maintenir plusieurs systèmes et processus.
Les implications de l'EES s'étendent au-delà des opérations aériennes et touchent des préoccupations plus larges au sein du secteur du voyage. Les représentants d’Eurostar, Getlink et du port de Douvres ont exprimé leurs inquiétudes quant à d’éventuelles perturbations, en particulier dans les zones où les contrôles aux frontières sont « juxtaposés », où les contrôles de l’UE ont lieu sur le sol britannique. Ces préoccupations ont trouvé un écho lors d'une réunion d'une commission parlementaire britannique, qui a également entendu des représentants de l'industrie touristique britannique.
L'introduction de l'EES a suscité des appels de la part des compagnies aériennes européennes en faveur d'une campagne publique visant à informer les ressortissants de pays tiers sur les nouvelles exigences, soulignant ainsi la nécessité d'une sensibilisation généralisée parmi les voyageurs. Cette initiative est essentielle pour minimiser la confusion et les perturbations à mesure que le nouveau système entre en vigueur.
En résumé, alors que le système EES est conçu pour renforcer la sécurité et réguler la durée du séjour dans l’espace Schengen pour les ressortissants de pays tiers, son introduction suscite de vives appréhensions de la part du secteur du transport aérien. Les préoccupations comprennent le défi de l'intégration de nouvelles procédures, les perturbations opérationnelles potentielles et la nécessité d'une sensibilisation accrue du public. Le succès de la mise en œuvre de la SEE dépendra en grande partie de la collaboration et de la préparation de toutes les parties prenantes concernées.
