La réforme Stromsteuer suscite un débat national
Les tensions continuent de monter en Allemagne suite à la décision du gouvernement fédéral de reporter une réduction générale de la taxe sur l'électricité (Stromsteuer). Initialement annoncée comme une mesure d'aide essentielle pour les ménages et toutes les entreprises, cette mesure est devenue un point de conflit entre la coalition fédérale et les dirigeants des Länder, notamment ceux de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et de l'Union chrétienne-sociale (CSU).
Le gouvernement du chancelier Friedrich Merz avait initialement promis de baisser le Stromsteuer pour les citoyens et les entreprises. Cependant, suite aux restrictions budgétaires, seuls les secteurs industriels comme l'agriculture, l'industrie manufacturière et l'industrie lourde bénéficieront de cet allègement fiscal. Les ménages et les entreprises de services en ont été exclus. Cette décision a suscité des accusations de promesses non tenues et des appels à un retour en arrière.
La pression monte aux États-Unis
Plusieurs premiers ministres des Länder, dont Boris Rhein de Hesse et Markus Söder de Bavière, ont ouvertement critiqué le plan révisé de la coalition. M. Rhein a exigé que l'engagement initial soit respecté et a appelé personnellement le chancelier à prendre des mesures correctives. Il a souligné que la baisse d'impôts n'était pas seulement une promesse publique, mais qu'elle était également inscrite dans l'accord de coalition.
Rhein a fait valoir que si les restrictions budgétaires sont invoquées pour justifier l'arrêt des aides, d'autres postes du budget fédéral doivent être réévalués. Il a proposé de réduire les dépenses sociales, notamment en alourdissant les sanctions pour les bénéficiaires du Bürgergeld (revenu de citoyenneté) qui refusent des offres d'emploi. Il a également appelé à modifier le mode de subvention des frais de chauffage et suggéré d'abaisser les seuils de patrimoine utilisés pour déterminer l'éligibilité aux prestations.
Söder, quant à lui, s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles nombre des dirigeants des États, qui avaient auparavant résisté aux pertes de recettes lors des négociations sur le partage des coûts entre le gouvernement fédéral et les États, réclament désormais des baisses d'impôts. Il a affirmé que le récent revirement de certains gouvernements d'État était motivé par des raisons politiques et non par de véritables priorités budgétaires.
L'industrie et les associations mettent en garde contre une opportunité manquée
Les principales associations professionnelles, dont la Fédération allemande du commerce de détail et l'Association fédérale du commerce de gros, du commerce extérieur et des services (BGA), ont également exprimé leur inquiétude. Dans une lettre commune, elles ont qualifié cette décision de « rupture de promesse » et ont averti qu'elle pourrait nuire à la confiance dans le nouveau gouvernement. Elles ont fait valoir que cet allègement partiel compromettait l'objectif plus large de soutien à la reprise économique.
Bastian Gierull, PDG allemand d'Octopus Energy, a souligné que la réduction du Stromsteuer apporterait un soulagement plus rapide et plus direct aux consommateurs. Il a rappelé que 2.05 centimes par kilowattheure d'électricité sont reversés au Stromsteuer, un montant inchangé depuis 2003. Selon M. Gierull, le prix de l'électricité en Allemagne, déjà le plus élevé des pays du G20, ne peut pas baisser à des niveaux soutenables sans s'attaquer à cette charge fiscale.
Alternatives sur la table
Malgré le retrait d'une réduction d'impôts à grande échelle, la coalition a annoncé des mesures alternatives. Parmi celles-ci figure un projet de réduction des Netzentgelte (redevances d'utilisation du réseau) à compter de janvier 2026. Ces redevances varient actuellement entre 9 et 12 centimes par kilowattheure, selon la région. La subvention proposée aux gestionnaires de réseau leur permettrait de répercuter les économies réalisées sur les consommateurs finaux. Un ménage type de quatre personnes pourrait réaliser des économies annuelles d'environ 52 euros grâce à cette seule mesure.
Une autre mesure proposée est la suppression du Gasspeicherumlage, une taxe sur le stockage de gaz introduite pour maintenir les réserves nationales. Fixée à 0.299 centime par kilowattheure début 2025 et légèrement réduite en juillet, sa suppression pourrait réduire la facture de gaz des ménages. Pourtant, nombreux sont ceux qui, dans le secteur de l'énergie, considèrent le Stromsteuer comme le domaine de réforme le plus impactant.
Les analystes de Verivox ont calculé que sans modification du Stromsteuer, un ménage de quatre personnes bénéficierait d'un allègement bien moindre que prévu. Même avec les ajustements des coûts nets et les réductions de la taxe sur le gaz, les économies annuelles totales pour les ménages moyens restent modestes : entre 18 et 71 euros, selon le niveau de consommation.
Pas encore de décision finale
Malgré les assurances selon lesquelles le dispositif actuel n'est que temporaire, aucun calendrier précis n'a été fixé quant à la date à laquelle l'allègement fiscal promis bénéficiera à tous les consommateurs. Les dirigeants de la coalition ont affirmé que de « nouvelles mesures » étaient prévues, mais celles-ci restent non précisées et soumises à la faisabilité financière.
Néanmoins, Söder a déclaré que la baisse du Stromsteuer n'était « pas exclue ». Il a insisté sur le fait que la mise en œuvre complète devrait avoir lieu au plus tard le 1er janvier 2027. D'ici là, le fossé politique sur la question continue de se creuser, les dirigeants des États et les acteurs du secteur faisant pression sur Berlin pour qu'il agisse plus tôt.
Le conflit actuel met en évidence la tension croissante entre les objectifs de relance économique et les réalités budgétaires fédérales. Face aux pressions inflationnistes, aux prix élevés de l'énergie et à la stagnation de la croissance, la gestion du Stromsteuer pourrait devenir un enjeu déterminant pour l'administration Merz.
